Coup d’oeil sur… l’art des icônes

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La Vierge de WladimirUn simple coup d’œil sur l’immense trésor des icônes ? C’est plus qu’insuffisant, presque déplacé. Il faut plutôt, pour plagier le poète, « un long regard sur le calme des dieux », un regard qui apaise l’âme et donne accès au sacré qui nous dépasse. Pour décrypter une icône, il nous faudrait tout ce temps qu’a mis l’artiste à en réaliser « l’écriture ». Patience, silence, prière. Pour être juste, à défaut de maîtriser les techniques codifiées de ces œuvres, il nous faudra faire la différence entre un poster collé sur un support quelconque et le labeur quotidien de l’iconographe voué à de multiples superpositions picturales : spécificité de l’icône par rapport aux pieux tableaux de notre Occident (ex : la madone raphaëlite).

Depuis le retour du religieux en terre d’Orthodoxie, l’on peut admirer dans les galeries ou musées ce qui subsiste de la ressemblance du divin, de son image – au sens grec de « l’eikon » – les œuvres restaurées dont nous allons esquisser la signification. Nous n’aurons là qu’une partie de la réalité : l’icône que nous trouvons austère, rigide, lointaine, ou les trois à la fois, emporte avec elle son secret divin, quand elle trouve sa place sur les pans d’une iconostase éclairée par le ruissellement des bougies qui font sortir de l’ombre – tout un symbole déjà – le foulard traditionnel des femmes en prière.

Un «acathiste» est une hymne que l’on chante ou écoute debout. L’acathiste à la Mère de Dieu est le premier et le plus connu des acathistes. Cette hymne a été vraisemblablement composée au VIIème siècle pour remercier la Mère de Dieu de sa protection lors du siège de la ville de Constantinople en 626. Elle est chantée dans la liturgie orthodoxe aux matines du samedi de la cinquième semaine de Carême. (Église catholique en France)

Cliquer ICI pour écouter l’hymne acathiste

Les icônes, lieu du « surnaturel » et objets de conflit.

Dans l’Occident « chrétien » d’aujourd’hui, on peut retracer en quelques lignes l’origine de l’art classique, celui qui continue de nous plaire malgré des siècles d’implantation en notre imaginaire. L’influence cumulée de la scolarité obligatoire, des visites pédagogiques, des sorties par émissions T.V. interposées est sans doute déterminante dans cette approche culturelle.

Vierge de CzestochovaQuelques exemples : L’architecture géométrique mais solennelle des églises primitives dérive des anciennes basiliques romaines, carrefour de rencontres populaires. Les canons de la sculpture gréco-romaine ont définitivement marqué notre sens de la plastique corporelle. Les mosaïques de Ravenne (cf. le ciel de Ravenne, Vième siècle) par l’intermédiaire d’artistes byzantins ont forgé pour notre regard les représentations incontournables du Christ, de la Vierge, et des apôtres.

Par différence, l’homme pieux de l’orthodoxie, l’homme des icônes, semble venir d’un autre monde. Du moins tient-il un autre langage sur l’origine et l’esthétique des objets de vénération : S’agit-il d’une tradition populaire sans fondement, ou plutôt d’une LÉGENDE si vraisemblable qu’il faut la dire et la redire (c’est le sens latin de legendum : ce qui doit être dit) ? En bref, l’Orient attribue à l’icône, seule grande forme d’art reconnue, une origine spirituelle, voire « surnaturelle » : St Luc, l’évangéliste serait le premier peintre de la Vierge Marie, de son enfant, et des épisodes de sa vie. Quelques dizaines de représentations sont attribuées à St Luc, sans compter la Vierge noire de Czestochova, patronne de la Pologne.

Est-ce pour cela que le visage de la divinité, mille fois décliné, porte en ses traits toute une histoire intériorisée par l’apôtre, ce mélange de tendresse et de tristesse qui ne cesse de nous interpeller ? Marie, réécrite par un proche, renfermerait comme en direct la grandeur de la mère de Dieu, et la douleur poignante de l’histoire du salut. Cela expliquerait aussi l’aspect, selon nous répétitif, d’une esthétique qui relève davantage de l’éternité que du temps.

Au moment où notre art chrétien, chahuté à tous vents, comme sans points de repère et sans modèle, fournit d’extravagantes productions — la célèbre affaire du Christ d’Avignon n’est qu’un exemple de dégénérescence du Beau — la modernité ne nous séduit plus.

L’art des icônes, dès lors, peut nous attirer, briser par sa sacralité des préjugés que nous n’osons enfreindre. Sans le dire bien des chrétiens pensent que certains artistes ne font qu’exploiter sous couvert de nouveauté, les fragments d’un christianisme qui devient sous leurs mains manipulable à merci.

Les icônes, objet de conflit

Les représentations sacrées et les objets de culte sont, de manière récurrente, la cible d’opposants farouches à leur existence même : on détruit, on saccage, on abîme sans aucun souci de l’art ou du beau.

Loin dans le temps, sous le règne du pharaon Akhenaton (XVIIIème dynastie), l’Égypte connut cela : les bas-reliefs des opposants polythéistes, martelés, effacés aux pylônes des temples.

De discordes en discordes, de haine en haine, bien plus tard, dans nos pays : guerres de religion, révolution française ; autant de destructions sommaires qui laissèrent béantes les niches des saints de nos églises, après mutilation définitive des statues de la Vierge ou du Christ.

Une effigie du Christ défiguréeEntre ces deux événements, au VIIIème siècle, l’iconoclasme byzantin semble relever d’une causalité d’autant plus étonnante qu’elle serait issue d’un désaccord essentiellement THÉOLOGIQUE. « Iconoclasme » : mot aujourd’hui à peu près inconnu, sinon dans le langage fleuri du capitaine Haddock, qui signifie en grec (klastein) : détruire, casser. On donna ordre donc, d’anéantir les images sacrées. Elles se comptaient par milliers et le peuple leur attribuait parfois un pouvoir magique. Était surtout en cause une interprétation littérale du 1er Commandement. La Loi vétéro-testamentaire exigeait du peuple élu une ascèse des représentations. Finis, le veau d’or et les multiples idoles, fruits d’un imaginaire foisonnant :

« Tu n’auras pas d’autres dieux que moi. Tu ne feras aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux ». (Exode 20,18)

Dieu a parlé.

Mais… il s’est incarné sous la forme d’un homme, Jésus. Dés lors, avec le prologue de St Jean, il est légitime de rechercher son visage. Aux artistes de nous le faire approcher — Ressemblance ! L’on comprend bien le noeud des dissensions possibles ; et qu’il y ait eu des iconoclastes-briseurs-d’images, face à des iconodules, qui les vénéraient d’autant plus ! Une étincelle, dira-t’on, insignifiante au départ, comme toutes celles qui enflammèrent la chrétienté…

Il ne fallut pas moins d’un siècle de désaccords, de concile en concile, sans compter des martyrs, pour régler la querelle. L’histoire se répète sous une autre forme : après 70 ans d’un nouveau vandalisme, communiste cette fois, nous pouvons désormais admirer l’art des icônes, souvent resplendissantes grâce aux inlassables travaux de restauration.

Annick Rousseau

Les principaux types d’icônes (de Marie)

Vierge Hodigitria Vierge Eleousa Vierge Orante

Vierge hodogitria
(de odos, route, chemin en grec)
porte l’enfant sur le bras gauche et le présente de la main droite.

Vierge eleousa
(de Kyrie eleison, prends pitié)
de tendresse et de miséricorde :
Vierge de Wladimir, école byzantine XIIème siècle
Vierge du Don, Théophane le grec, 1392, Russie

Vierge orante
Vierge du signe, les bras levés
portant en médaillon, l’Enfant Jésus.

Les Icônes Célèbres de la Sainte Vierge Marie

À suivre… deuxième partie : Géométrie et symbolique des icônes (en préparation)

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