Coup d’oeil sur… St Augustin

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Saint AugustinAugustin fut sans doute le plus grand théologien de l’histoire de l’Église de toute l’Antiquité. Les ruines d’Hippone dont il fut quarante ans évêque, résonneraient encore des querelles contre les hérétiques (manichéens, donatistes, pélagiens)… si cela était encore utile.

Mais la plupart de ses œuvres écrites nous sont données à lire, inlassablement pertinentes.

Augustin écrit à Dieu lui-même les faiblesses de sa vie (dans les Confessions). Il les livre en pâture à tous, et son entêtement de mauvais écolier, et ses vols insignifiants, et les pleurs de Ste Monique, sa mère qu’il a osé tromper. Ce, en plein 4ème siècle, qui ne fut pas le temps des psychologues ou des autobiographies. Pour cela, peut-être, on l’admire, on le copie avec d’autres finalités, de siècle en siècle et jusqu’à ce jour. On est peut-être moins prêt que lui à éradiquer les idoles en affirmant les vérités du dogme chrétien.

Saint AugustinOn devine ce qu’est une vie riche : Riche de talents, d’inspiration, de modèles discrets à imiter en toute occasion. En général, on en rajoute à cette vie : « on ne prête qu’aux riches ». Prenez tel ou tel de nos pasteurs : s’il cite telle phrase, ou tel thème attribué à notre saint, nul n’en saura rien.Augustin, au cours de ses cent traités, peut avoir tout dit, et cela aussi !

Ainsi flotte autour de sa grande silhouette, une historiette ou plutôt une belle légende qui nous interpelle depuis la nuit des temps : près de dix siècles. Avec des variantes dont on peut tirer partie.

Saint Augustin et l’enfant

Saint Augustin

On raconte que St Augustin, évêque d’Hippone, en Afrique du Nord, se promenait un jour, au bord de la mer, absorbé par une profonde réflexion : il cherchait à comprendre « LE MYSTÈRE DE LA SAINTE TRINITÉ ». Il aperçoit tout à coup un jeune enfant fort occupé, allant et venant sans cesse du rivage à la mer. Cet enfant avait creusé dans le sable un petit bassin et allait chercher de l’eau avec un coquillage pour la verser dans son trou.

Le manège de cet enfant intrigue l’évêque qui lui demande :

  • Que fais-tu là ?
    • Je veux mettre toute l’eau de la mer dans mon trou.
  • Mais mon petit, ce n’est pas possible reprend Augustin. La mer est si grande et ton bassin si petit !
    • C’est vrai dit l’enfant. Mais J’AURAI POURTANT MIS TOUTE L’EAU DE LA MER DANS MON TROU, AVANT QUE VOUS N’AYEZ COMPRIS, AVEC VOTRE RAISON HUMAINE, LE MYSTÈRE DE LA SAINTE TRINITÉ.

L’enfant disparut, Augustin crut voir un ange ou l’enfant Jésus en personne. Cela dépend des textes.

Origine et sens de la légende

La Ste TrinitéLa mer pour réfléchir sur d’immenses sujets, l’enfant pour réaliser un acte impossible à l’adulte, avec’ses propos théologiques dignes de ceux de Jésus devant les docteurs de la loi. Un évêque très savant mais tourmenté par un mystère qui le dépasse : la scènette est bien construite, et comme telle, adulée des graveurs et des peintres. Pourquoi alors le grand historien Henri Irénée Marrou, spécialiste de l’augustinisme s’attacha-t-il avec tant d’âpreté à la discréditer avec un sérieux sans démenti ?

« On ne peut que déplorer la longue popularité de cet épisode légendaire »

– Y aurait-il erreur entretenue au sujet de l’insertion de la légende dans la biographie du Saint ? Effectivement, dans le haut moyen-âge la confusion régna… et pourtant, entre ses propres écrits, le sérieux de ses premiers biographes, l’hypothèse ne tient pas.

– et si nous la retrouvions dans la légende dorée de J. de Voragine ? Nous avons cherché, très vite persuadés qu’il n’y avait pas assez de merveilleux, de miracles jaillis de la main des saints en cet épisode. La légende dorée est du 14, 15ème siècle. Trop tardive pour nous éclairer.

La mémoire de l’historien nous donne par contre à penser : Il y eut très tôt dans l’histoire de l’église des cours pour apprendre à prêcher. L’homélitique. Car il ne suffit pas de proclamer la Parole. Encore faut-il qu’elle habite la mémoire, et s’y grave. Ainsi se répétaient des « exemplum », des images que l’on n’oublie pas et qui restent ancrées dans les esprits.

C’est sur le contenu de cet exemplum qu’Irénée Marrou proteste. L’enfant porte le noyau significatif de la scène. Et porte-parole involontaire d’une forme d’anti intellectualisme, il s’en prend à l’homme de l’intelligence, de la raison, pour parler comme maintenant : comme si FIDES ET RATIO étaient antagonistes… et comme si St Augustin n’avait pas élaboré, dans le DE TRINITATE, un traité théologique, qui sans épuiser le mystère nous conduit au cœur des trois personnes divines.

C’est Noël bientôt : le temps des enfants, des anges, de l’enfant Jésus.

L'enfant du mystèreOr donc, Noël se profile, propulsé par un souffle d’Avent : le temps des enfants, des anges, de l’enfant Jésus d’abord. Avec eux, nous ferons en finale une guirlande imaginaire pour la fin de cette histoire.

L'ange du mystèreSt Augustin a-t-il dialogué avec un petit enfant ? Celui-là en savait long sur le Mystère divin, malgré sa jeune intelligence. Et vouloir vider la mer avec un coquillage, c’est bien l’imaginaire du petit, ignorant des limites adultes.

Et si c’était un ange ? il verrait la triple face de Dieu, jouerait de la musique en proclamant GLORIA sur les collines de Bethléem. Pour lui serait achevé le secret de la seconde personne de la Trinité.

JésusEt si c’était l’enfant Jésus, en personne ? il sourirait avec un air coquin au vieil évêque qui essaie de clarifier l’obscur, patiemment, jour après jour. Dans le roulement des vagues d’Hippone, comme dans la clarté du ciel étoilé, il lui montrerait la magnificence du Père. Le souffle de l’Esprit, continuerait d’alimenter les pensées abyssales de St Augustin.

Le 7 décembre 2011

Annick Rousseau

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