Recension

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Cette nuit l’éternité de Michel-Marie Zanotti-Sorkine

L'Oeuvre Éditions

Cette nuit l'éternitéCe livre qui retient notre attention se présente comme un diptyque un peu spécial. Le premier tableau, à gauche dirait-on en peinture, est un hymne à la vie à travers les symboles tout simples de la joie des enfants qui voyagent avec l’auteur, de la saveur des glaces à l’italienne… Le tableau qui lui fait face (page 22 et suivantes), une fois annoncée la mort de l’ami, prêtre et ancien novice, bien loin en Roumanie, cela pourrait être justement l’écriture de la tristesse, des pleurs, du désespoir. Cette dichotomie, en fait, est trop simple pour rendre compte de la personnalité « atypique  » (l’a t’on redit !) du père Michel-Marie Zanotti auteur de ce récit. On le reconnaît bien, avec ses phrases rapides, le temps d’une homélie, sa soutane, « habit de travail » et l’efflorescence des images qu’il nous livre de page en page. Pour résumer, il y a dans le premier panneau une recrudescence poétique inquiète de notre auteur, l’inquiétude au sujet de Valentin, prêtre depuis si peu, prêt à célébrer sa première messe dans son village de Roumanie. La pensée de l’ami est là, sans dimension apparemment prophétique.

Inversement, le second panneau, peint de douleur profonde est traversé malgré tout par la lumière de la vie. La vie réelle, parfois interrogée. Le jeune prêtre, mort, est »vivant. « C’est là l’Éternité que l’on n’ose affirmer devant la famille, témoin de l’absence. « Là, j’aurais pu dire un mot sur l’Éternité bienheureuse où les âmes séparées, en soleils assouvis, produisent la joie à tour de cœur, mais je n’ai rien pu dire, Dieu le sait, qui en profite aujourd’hui ».

Et l’auteur nous dit et redit tous les paysages intimes où la vie persiste à s’affirmer : les ciels du soir, l’affection, l’amour plutôt des amis retrouvés ; tout ce qui survit à l’être disparu quand lui, et lui seul est silence pour nous.

Cette « Nuit l’Éternité » n’est pas un livre que l’on peut résumer à la plume d’un stylo anodin. Il est composé de strates, comme emboîtées les unes dans les autres. Elles se disent, se reprennent, s’arrêtent : comprendre cette composition, c’est avoir accès à l’émotion, actuelle et passée du Père Michel-Marie Zanotti. Successivement, mais de manière récurrente, on trouvera l’abîme du trou noir, le cercueil où repose Valentin, l’évocation de la pauvreté d’un pays à peine émergé du communisme, la pauvreté sainte des lieux retrouvés, le questionnement poignant du Père très troublé : le nôtre aussi : p 131. Question de l’auteur à un vieux prêtre saint : « Mon Père, dites au pauvre serviteur que je suis, comment on fait pour aimer quand on a choisi le Christ pour unique amour. » Prêtre ou non, chacun reste, interloqué, aux frontières de la mort. L’Inconnu – Le Mystère infranchissable ?

L’allusion à la peinture (diptyque) puis à la construction par strates d’un mausolée ouvert, où figurera une pierre tombale… pour le temps qui reste, ces deux figures supportent difficilement une analyse méticuleuse d’un style, fait de prose haletante, d’images originales, à faire pâlir l’écriture de poètes reconnus. Parfois, notre culture classique ne s’y retrouve pas… Paradoxalement il n’y a rien de morbide dans ce récit. Sans doute parce que le sang du Christ versé chaque jour de l’Eucharistie recouvre et bénit pour l’Éternité le sang de Valentin qui s’est offert à Lui.

La finale, franciscaine, très douce peut alors jaillir, vraie, d’une voix féminine :

« Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la mort corporelle à qui nul homme vivant ne peut échapper »

Auparavant, à la dernière minute (p.148 et suivantes) on aura su le destin atroce, apparemment incompréhensible que le jeune prêtre à croisé et qui l’a brisé de manière irréversible.

A.R

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